Leopold Sedar Senghor

J’ai rêvé d’un monde de soleil dans la fraternité de mes frères aux yeux bleus. - Léopold Sédar Senghor

Conférence Internationale sur le dialogue interreligieux pour la paix et la prevention des conflits et des guerres en Afrique

25-26 mars 2014

Photo de famille. Une vue partielle des participants à la conférence de Bujumbura. Au milieu en costume sombre, le Président burundais, M. Pierre Nkurunziza. A sa gauche, l'ancien Président tanzanien M. Ali Hassan Mwinyi.

Photo de famille. Une vue partielle des participants à la conférence de Bujumbura. Au milieu en costume sombre, le Président burundais, M. Pierre Nkurunziza. A sa gauche, l'ancien Président tanzanien M. Ali Hassan Mwinyi

Bujumbura, Burundi – Le Représentant de l’AWEPA au Burundi vient de prendre part aux travaux de la Conférence internationale sur le dialogue interreligieux pour la paix et la prévention des conflits et des guerres en Afrique, organisée sous l’initiative de l’Ombudsman Burundais, M. Mohamed Rukara, sous le haut patronage du Président de la République du Burundi, avec l’appui financier et technique du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), de l’Union Européenne, du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) et du Programme de développement du secteur de la sécurité (DSS).

Participaient à cette Conférence internationales l’ancien Président Tanzanien El Hadj Ali Hassan Mwinyi, Président d’honneur de la Conférence, Mme Raymonde Saint-Germain, Présidente de l’Association des Ombudsmans et médiateurs de la Francophonie (AOMF), M. Paolo Tjipilica, Président de l’Association des Ombudsman et médiateurs Africains (AOMA), Dr Abdullah Omar Naseef, Vice-Président du Congrès Islamique Mondial, M. Serigne Diop, Médiateur de la République du Sénégal et Secrétaire Général de cette Conférence ainsi que les ressortissants des pays suivants : Angola, Arabie Saoudite, Belgique, Burundi, Canada, Côte d’Ivoire, Djibouti, Egypte, Etats-Unis, Ethiopie, France, Kenya, Koweit, Mali, Nigeria, Norvège, Oman, Ouganda, République Démocratique du Congo, Rwanda, Sénégal, Tanzanie, Tchad et Turquie.

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Séance de clôture de la Conférence

Les travaux de la Conférence internationale ont été introduits par le mot d’accueil de l’Honorable Ombudsman de la République du Burundi qui a d’emblée souligné que la diversité religieuse n’entrave pas la complémentarité. Après, les Représentants des confessions religieuses – catholique, protestante et musulmane – ont formulé des messages axés sur l’encouragement des initiatives de dialogue interreligieux, la règle d’or de toute l’humanité et le besoin de coopération indispensable entre les différentes confessions religieuses. Le Représentant des bailleurs, en l’occurrence l’Ambassadeur des Pays-Bas au Burundi, est revenu sur l’importance du dialogue interreligieux en tant qu’instrument pour prévenir et résoudre au cas échéant les conflits et les guerres et sortir des sentiers battus de la violence. La réalisation permanente du dialogue interreligieux est si importante qu’elle permet de contribuer à la stabilité du pays, notamment en intégrant les besoins de la grande frange de la population, les jeunes souvent enclins aux conflits, comme l’a souligné la représentante résidente du PNUD, alors qu’ils constituent un grand atout pour tout pays.

L’allocution de M. Hassan Mwinyi, ancien Président de la République Unie de la Tanzanie et Président d’honneur de la Conférence est venue confirmer le besoin pour toutes les religions d’œuvrer pour la vie dans la paix et dans l’amour du prochain. Cette intervention a bien préparé les esprits des participants à écouter attentivement le discours d’ouverture officielle de la Conférence par le Président de la République du Burundi, M. Pierre Nkurunziza qui, reconnaissant la pertinence de la Conférence, a exprimé ses attentes dont celle de voir le médiateur et les leaders religieux collaborer à la consolidation de la paix.

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 Contenu des échanges

Après le cérémonial d’ouverture, les participants ont suivi des communications diverses présentées soit en solo soit en panels de personnalités de confessions religieuses différentes ou alors de nationalités différentes, pour garantir la diversité et la richesse des expériences à partager. Ces communications étaient de deux natures, mais toutes rappelaient la thématique centrale de ce forum relatif au dialogue interreligieux, à en juger par leurs libellés :

  • Les points de vue des confessions religieuses sur la recherche, la sauvegarde de la paix et l’harmonie sociale;
  • Les expériences vécues sur le terrain du dialogue interreligieux et les défis rencontrés dans la recherche de la tolérance et l’acceptation de l’autre;
  • Les expériences des clergés sur la résolution des conflits interreligieux;
  • La stratégie de prévention et la résolution des conflits grâce au dialogue;
  • Quelques expériences des minorités religieuses en matière de tolérance et d’acceptation de l’autre;
  • Le rôle de l’Ombudsman dans la prévention et la résolution pacifique des conflits illustré notamment par la contribution de l’AOMA et les expériences burundaises dans le domaine de médiation, de prévention et de résolution des conflits;
  • Le caractère divisionniste des religions.

La deuxième catégorie de communications était composée d’exposés destinés à présenter les liens entre la prévention des conflits et le développement de la Réforme du secteur de sécurité d’une part et les dividendes démographiques de l’autre. Outre que chaque conflit comporte des dimensions démographiques à bien maîtriser au jugé des considérations démographiques inspirées des résultats fiables des études scientifiques menées dans ce domaine, il a été fait observer que nombre de conflits peuvent être évités de justesse par le dialogue et le simple respect des droits fondamentaux de la personne humaine qui inclut le droit de culte – même pour les minorités – et le droit d’association.

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Les communications et les échanges qu’elles ont suscités se sont inscrits dans l’objectif global assigné à la Conférence, celui d’« échanger sur les expériences des pays ayant connu des conflits similaires pour mieux renforcer les capacités de l’institution de l’Ombudsman dans les domaines de médiation ainsi que la prévention et la gestion des conflits et des guerres interreligieuses». La conférence a offert aux participants un espace de confirmation de certaines évidences par rapport au vécu de la foi professée dans les différentes religions. Ainsi a-t-il été possible de partager l’idée selon laquelle la paix et la guerre prennent naissance dans les esprits des personnes et qu’il ne saurait exister une religion qui soit contre la paix dès lors que Dieu, l’Inspirateur de toute religion, est paix, la paix étant en définitive l’autre nom de Dieu. Et puisque les personnes ont une humanité commune, pourquoi les membres des différentes confessions religieuses devraient-ils tergiverser devant l’impératif de développer la fraternité universelle qui commence au sein de leur pays ? Dans ces conditions, l’engagement pour le dialogue entre les religions n’est plus une question de choix, mais une obligation. Et, cette obligation ne vise d’autre objectif que celui de s’assurer du strict respect de la règle d’or qui se retrouve dans toutes les grandes religions – christianisme, islam, bouddhisme – et qui se résume en cette interpellation : « Fais à ton prochain ce que tu voudrais qu’on fasse à toi-même ».
8En foi de quoi la religion devrait être un outil de rassemblement par excellence. La religion doit être un instrument de construction de la paix dès lors que le vocable véhicule en lui-même l’idée d’unité. Le tout est alors de bien vivre sa religion qui, somme toute, se trouve au cœur de la vie de chacun. Ainsi, au sein de chaque religion et entre les religions de diverses dénominations doit se développer à tout prix le dialogue en vue de conjurer la division et la violence. A ce propos, les pays africains riches d’une culture orale où la primauté est accordée à la parole devraient être à même d’exploiter à bon escient cet atout de l’importance de la parole pour développer le dialogue et la recherche de consensus. La communion des participants à l’ensemble de ces idées fondamentales à garder présentes à l’esprit les a prédisposés à partager d’autres idées liées notamment aux faiblesses du dialogue interreligieux, à ses forces et aux stratégies à mettre en œuvre à ce faire.

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Il été aussi reconnu sans faux-fuyant quelques faiblesses internes aux religions, dont l’instrumentalisation des confessions religieuses et l’exploitation de la religion à des fins politiques surtout pendant les campagnes électorales, semant ainsi la division entre les électeurs.

Mais ce n’est pas cette face noire des religions qui s’est gravée dans la mémoire des participants. Elle a été évoquée par souci de réalisme. C’est plutôt le développement du visage positif des religions qui a pris du temps en raison des expériences empruntées au vécu quotidien des confessions religieuses dans leur dynamique de collaboration à l’avènement d’une cohabitation entre elles qui soit toujours améliorée après s’être données du temps pour bien se connaître en interne et promouvoir de bonnes relations entre elles. Ce faisant, les religions pourront éviter avec succès des raccourcis qui entameraient le processus de changer la méfiance en confiance grâce au respect des exigences de contact, de connaissance et de communication entre les différentes religions. Les éléments évoqués pour façonner le visage positif des religions et reconnus comme forces des religions et comme valeurs à considérer comme des universaux ont été notamment : la dignité – reconnue à toute personne humaine comme droit inaliénable, égale à toutes les personnes -, le devoir de communion qui n’est pas synonyme de syncrétisme ou d’absorption, mais d’unité dans la diversité qui respecte l’identité spécifique et la richesse de chaque religion, le respect et la compréhension mutuels, ainsi que l’humanité commune qui incline à la fraternité commune.rales, semant ainsi la division entre les électeurs.

6Les participants ont aussi partagé les valeurs positives et ont mis en lumière des stratégies d’actions pour garantir un minimum de succès du dialogue interreligieux. Les expériences déjà vécues dans ce sens ont permis de suggérer les stratégies suivantes pour un dialogue interreligieux susceptible de réussir: créer des terrains d’entente, tout bâtir sur les éléments d’unité, promouvoir l’humilité, être fidèle à la source d’inspiration de toute religion qu’est Dieu, se faire de l’autocritique pour faire de la religion un véritable instrument de la paix, développer la morale et l’éthique pour mieux vivre les différences entre religions et apprendre à mieux se connaître comme religion avant de prétendre connaître d’autres religions.

7La mise en œuvre de ces stratégies dans certains pays a d’ailleurs permis de faire éclore des expériences fort encourageantes de dialogue interreligieux. Les expériences suivantes ont été rapportées au cours des échanges : la création de structures de fonctionnement mixtes où catholiques, protestants, musulmans et parfois athées, travaillent ensemble pour accompagner les actions politiques de recherche de la paix, les actions en faveur de certaines catégories particulières de personnes comme celles vivant avec le VIH/SIDA (Burundi, Rwanda, RDC), les anciens prisonniers nécessiteux d’une réintégration (Rwanda), les personnes devenues prisonnières de la drogue (Rwanda) ou alors les déshérités bénéficiaires d’un programme socioéconomique de lutte contre la pauvreté.

9Ces structures se dénomment différemment suivant les pays. Au Burundi, ce sont des conseils interreligieux/œcuméniques, ailleurs ce sont des forums des confessions religieuses ou des plateformes de dialogue pour la paix entre les confessions religieuses. L’Ouganda est même parvenu à créer un Institut interreligieux pour la paix. Elles ont en commun la stratégie de se mettre ensemble dans leurs diversités pour relever les défis qui peuvent miner leurs efforts de développer le dialogue interreligieux.

 Les recommandations

10Les échanges occasionnés par la Conférence ont été émaillés par des recommandations assez riches et variées. Ces recommandations fondent les résolutions qui sanctionnent la Conférence, et les plus importantes sont les suivantes:

  • S’engager à dépolitiser les lieux de culte en Afrique;
  • Se connaitre mutuellement, reconnaitre les valeurs des autres à travers l’éducation, l’information et la sensibilisation, apprendre à accepter l’autre;
  • Se reconnaitre comme hauts responsables du destin historique de l’homme en vue de l’éternité, par le dialogue de vie, la formation à la paix des communautés religieuses, les œuvres sociales communes, mais sans toucher à la doctrine et à la croyance des autres;
  • Multiplier les tribunes de tolérance et d’acceptation mutuelle, de promouvoir l’empathie;
  • Contribuer à déstresser l’environnement sociopolitique face au phénomène des jeunes qui parfois compromettent la paix spécialement en périodes électorales;
  • Accepter la diversité dans l’unité et essayer chacun de retrouver son identité en tant qu’homme;
  • Revenir à la source de la foi;
  • Traiter dans un avenir proche d’autres questions aussi urgentes que la paix, la corruption, le planning familial;
  • Créer des cercles de paix pour les jeunes et aider à multiplier des emplois pour les occuper face au chômage qui génère les conflits.

Les participants, dans leur ensemble et dans leurs diversités aussi bien nationales que religieuses, ont salué l’initiative prise par l’Ombudsman du Burundi pour organiser cette Conférence internationale pour la paix et la prévention des conflits et des guerres en Afrique. L’initiative a été tellement appréciée qu’il a été aussi recommandé de la rééditer pour notamment pérenniser l’exercice du dialogue interreligieux. En effet l’expérience du dialogue entre les religions qui a occupé les participants pendant deux jours a montré qu’il ne s’agit pas d’un rêve irréalisable.

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