Kofi Annan

Aucune cause juste ne peut être servie par la terreur.- Kofi Annan

Séminaire sur la ruée vers les terres – jour 1 : La disponibilité n’égale pas toujours l’accès aux aliments

11 August 2014

© Tiago Fioreze

© Tiago Fioreze

Propos recueillis par Rebecca Pointer, Institut d’études sur la pauvreté, la terre et l’agriculture (PLAAS) 

Johannesburg, Afrique du Sud – Les défenseurs de l’agriculture industrielle affirment que les investissements fonciers à grande échelle améliorent la sécurité alimentaire. Or les activistes et chercheurs assurent que ces investissements ont des conséquences néfastes pour la sécurité alimentaire, spécialement de ceux qui ont été expulsés de leurs terres pour faire place à l’agriculture industrielle.

Hier, lors d’un séminaire au Parlement panafricain, des parlementaires, des chercheurs et des représentants de la société civile et du secteur agroalimentaire se sont réunis pour discuter de quelle sorte tirer profit des investissements fonciers à grande échelle en Afrique.

Selon Constance Mogale, activiste du Land Access Movement d’Afrique du Sud (LAMOSA, un mouvement de la société civile pour l’accès à la terre), la conséquence de forcer des femmes à se déplacer de leurs terres pour faire place aux investisseurs c’est qu’elles ne sont plus en mesure de produire les aliments qui assuraient leur moyen de vie. En plus, le déplacement les ayant laissées dans le dénuement le plus complet, elles peinent à acheter la nourriture produite par l’entreprise commerciale qui a remplacé leur activité. Ceci souligne que, pour les pauvres et les vulnérables, la sécurité alimentaire n’est pas une question de disponibilité d’aliments, mais plutôt d’accès aux aliments. Accroitre la production à travers l’agriculture industrielle n’aide donc pas ceux qui n’ont pas l’argent pour acheter de la nourriture.

Faisant écho à Constance Mogale, le Prof. Ruth Hall (PLAAS, Future agricultures) a expliqué que les investissements fonciers à grande échelle ne représentent pas seulement une perte de terres mais aussi une restructuration de l’ensemble du système alimentaire vers un modèle de production contrôlé par les multinationales. Ainsi, l’agriculture industrielle mène à la supermarchéisation du système alimentaire selon laquelle l’accès aux aliments est permis seulement à ceux qui peuvent se le payer. Prof. Hall a exemplifié l’Afrique du Sud, où la plupart des aliments sont produits par le secteur industriel. L’Afrique du Sud est à l’abri de l’insécurité alimentaire ; le pays produit et exporte des aliments en abondance. Cependant, beaucoup de sud-africains souffrent la faim, simplement parce qu’ils ne peuvent pas se permettre la nourriture disponible. Compte tenu de ces observations, l’agriculture industrielle n’a aucun sens pour la sécurité alimentaire des pauvres et des vulnérables.

Tandis que les gouvernements en Afrique signent des accords d’investissement foncier avec la conviction que l’agriculture industrielle à grande échelle améliore les conditions des populations souffrant de la faim, les faits exposés à travers les exemples suscités démontrent que, bien au contraire, ces accords fonciers rendent souvent les vulnérables encore plus vulnérables. Il est donc essentiel que les gouvernements africains examinent ces accords à la loupe et qu’ils s’assurent que les bénéfices vont aussi au profit des populations et non seulement des investisseurs des grandes entreprises affamées de revenus.

Ces propos ont été recueillis lors du Séminaire sur la réponse parlementaire à la ruée vers les terres en Afrique australe le lundi 11 août au Parlement Panafricain  (PPA). Le séminaire est organisé conjointement par le PPA et le Forum Parlementaire de la Communauté de Développement de l’Afrique australe (SADC-PF) en collaboration avec l’Institut international du développement durable (IISD), l’Association des parlementaires européens partenaires de l’Afrique (AWEPA), l’Union africaine, l’Initiative sur les politiques foncières (LPI), Africa ForumOXFAM, la Coalition internationale pour l’accès à la terre, le Centre de recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et l’Institut d’études sur la pauvreté, la terre et l’agriculture (PLAAS).

Pour d’ultérieurs renseignements, veuillez visiter le site web de l’Institut international du développement durable (IISD).

Vous pouvez également suivre le séminaire en directe sur twitter avec le hashtag #land_rush

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