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From The Freedom Charter to Polokwane: The Evolution of ANC Economic Policy (2009)
Prof. Ben Turok

freedomcharterlarge.pngLe professeur Turok soulève un certain nombre de questions incontournables à propos de l'économie la plus puissante d'Afrique. Comment est-il possible d'expliquer, après une quinzaine d'années de politiques de l'ANC, la persistance de la pauvreté et de l'inégalité en Afrique du Sud ? L'abandon des politiques révolutionnaires du Plan de reconstruction et de développement (RDP), au profit des politiques de rigueur du programme « GEAR » (croissance, emploi et reconstruction), serait-il symptomatique d'une adhésion au Consensus de Washington ? Quelles leçons le reste de l'Afrique peut-il enseigner ? En sa qualité d'économiste et de député de l'ANC, le professeur Turok est comme nul autre en mesure de nous faire le récit des options débattues et des décisions prises.

Son analyse tire profit d'une forte contextualisation régionale et internationale, s'attardant sur le rôle de l'Afrique du Sud au sein des régions de l'Union douanière d'Afrique australe (UDAA) et de la Communauté de développement d'Afrique australe (CDAA) et, au plan international, sur ses relations avec le FMI et la Banque mondiale. Attestant de ses valeurs démocratiques, M. Turok n'hésite pas à évoquer des accords « secrets » avec le FMI/BM, qui n'ont fait l'objet d'aucun débat lors de la Conférence nationale de l'ANC et n'ont pas été « rapportés au parlement contrairement aux exigences de la Constitution nationale ». L'absence de divulgation publique et le manque de transparence vis-à-vis du parlement de la part du ministre des Finances est un thème qui revient de manière judicieuse lors de l'élargissement de son analyse au contexte africain.

Le professeur Turok a souvent été invité par l'AWEPA à s'exprimer devant les délégations européennes sur le thème des partenariats Nord-Sud en faveur du développement. Il observe avec une certaine incrédulité que « le rôle joué par les parlements africains dans la bonne gouvernance n'est mentionné nulle part » sur les rapports officiels, en dépit du fait qu'une meilleure budgétisation et qu'un examen approfondi des finances « dépend en fin de compte d'un système parlementaire solide ». Le professeur Turok déplore la marginalisation des parlements africains par leurs pouvoirs exécutifs et leur maintien dans un état où ils ne sont pas pleinement opérationnels. Depuis 2003, avec le soutien de l'AWEPA, il a collaboré avec le Groupe de contact du NEPAD pour les Parlementaires africains dans le but de rendre les parlements plus vigilants - par rapport aux programmes d'aide, à la dette et à la légitimité même du NEPAD.

Même si le lecteur risque d'être déçu de voir que son analyse ne s'étend pas jusqu'au sujet controversé des Accords de partenariat économique, l'ouvrage demeure une mine de sujets de réflexion pour les législateurs du Sud et du Nord. Ceux qui sont à la recherche d'issues à l'actuelle crise financière pourraient bien trouver une aide dans la lecture de ce livre. Les leçons tirées du passé et conseils pour l'avenir qu'il décrit arrivent véritablement au bon moment.